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Le TF demande que l’AI entre en matière pour les personnes souffrant d’addiction

  • 8 août 2019

L’addiction est bien une maladie. Cette maladie peut être invalidante et doit être soignée par le médecin. Voilà en bref le résumé de l’arrêt du TF publié ce 11 juillet dernier.

Cette nouvelle vision juridique de l’addiction correspond à l’évolution des connaissances en matière de neurosciences. Le patient sous emprise est ainsi reconnu comme un être traumatisé qui nécessite des soins. La prise en charge de ces patients reste pluridisciplinaire. Mais le fait de prendre des produits psychoactifs n’est plus considéré comme la cause du trouble, mais bien la conséquence d’une maladie.

Jusqu’ici, pour obtenir une rente AI, les médecins devaient décrire dans les détails les graves traumatismes qu’avaient subis leurs patients. Les conséquences de ces psycho trauma représentaient un catalogue de troubles psychiques provoquant un syndrome de dépendance. C’était une démarche avilissante pour le patient qui devait ainsi impliquer son cercle social devant un tribunal et parler de secrets de famille et souvent de crimes indicibles. La démarche était si cruelle que la plupart de ces patients renonçaient au soutien social de l’assurance invalidité pourtant légitime. Ces patients s’excluaient ainsi d’eux-mêmes du devoir de solidarité de notre société. Ces personnes rejetées, fragilisées, ostracisées devaient survivre dans la marge.

Ce revirement de la perception de l’addiction bouleverse tout le comportement que la société avait adopté jusqu’ici vis-à-vis de ces citoyens. Le TF fait œuvre de pionnier en définissant cet état comme une maladie. En effet, dès lors le secret médical s’applique. Le patient peut parler librement à son médecin de ses traumatismes sans que celui-ci ne puisse les mettre sur la place publique pour justifier de tel ou tel traitement. La relation thérapeutique se développe avec le soutien d’un traitement agoniste aux opioïdes.

Reconnaître l’addiction comme une maladie va permettre de développer les traitements contrôlés tout en déculpabilisant les personnes qui en souffrent. Notre société devient plus solidaire.

Dr Pierre Froidevaux

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